Nous en parlons un peu
“Marquée au fer”, ‘Chapitre VI’ - Eva Delambre
Nous en parlons un peu, car mon maître me demande de mettre des mots sur le sourire que je ne parviens pas à masquer. Je lui dis mon bonheur d’être sienne, le plaisir que fait naître en moi sa façon de me traiter et de me rabaisser. Il m’ordonne alors de lui baiser et de lui lécher les pieds pour le remercier de tant m’apporter. Chose que je ne me prive pas de faire, avec une délectation certaine. À quatre pattes devant lui, les coudes posés au sol, je lape le cuir de ses chaussures, une après l’autre, avec lenteur et application. Je donne de grands coups de langue, passant et repassant partout avec rigueur. Je courbe la nuque pour ne rien omettre. La joue à même le sol, la langue tendue, je m’attarde sur les côtés avant de passer presque entre ses jambes pour laper également l’arrière de ses pieds. Je prends mon temps. Appréciant chaque seconde. Ouvrant parfois un peu les yeux pour apercevoir les petites flammes qui brillent au ras du sol. Je me laisse pénétrer par ces chants anciens qui m’ensorcellent. Je suis à ses pieds, soumise à l’extrême, rabaissée à outrance, sans doute. Pourtant je n’y vois nulle humiliation. Au contraire. Je vis ce moment comme un privilège. Un honneur. Un présent. Et finalement c’est sans doute un cadeau puisque le jour s’y prête. Il ne m’interrompt pas, attendant sans doute de me voir quelques signes de fatigue avant de me faire enfin reculer. Je reste prosternée, troublée, accaparée par une puissante sensation de profonde soumission comme il m’arrive trop rarement d’en ressentir. Je me damnerai pour ces secondes toujours trop éphémères, où, comme lors d’un orgasme, je me sens délicieusement parcourue par un plaisir intense et indescriptible, du corps et de l’âme. J’en suis tremblante. Je le remercie, presque à bout de souffle. Il se penche sur moi pour caresser mes cheveux et me dit que je suis une bonne esclave. Je sais qu’une part de moi jouit intérieurement de ses mots. Une soumission de l’âme, sans sexe, bien plus rare et bien plus profonde.